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« L'Eglise et le monde ont grand besoin du culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement de l'amour. Ne mesurons pas notre temps pour aller le rencontrer dans l'adoration, dans la contemplation pleine de foi et prête à réparer les grandes fautes et les grands délits du monde. Que notre adoration ne cesse jamais !. »
(St. John Paul II, Dominicae Cenae, n° 3 )
OBJECTIONS À L'ADORATION EUCHARISTIQUE
OBJECTIONS À L'ADORATION PERPÉTUELLE
L’oraison, c’est le cœur-à-Cœur. L’adoration, c’est le face-à-Face ! L’un n’est pas mieux que l’autre, mais les deux participent au même mouvement d’union avec Jésus-Christ dans son cœur.
Pour le priant, ce qui compte, c’est bien sûr le cœur-à-Cœur ! Mais reconnaissons que ce n’est pas facile ! Prier une heure chez soi, sans être dérangé, sans rien faire d’autre que de contempler le Dieu invisible qui demeure au fond de son âme… Il faut une vraie formation spirituelle à l’école du Carmel, un accompagnement approprié et beaucoup de persévérance. Aussi, tant de personnes sont si blessées aujourd’hui, qu’il leur est pratiquement impossible de se décentrer d’eux-mêmes et de leurs souffrances pour se centrer sur la présence du Christ en eux…
L’Eucharistie est le moyen sublime que Dieu donne dans la surabondance de son amour pour que l’homme s’unisse à lui. C’est la présence personnelle et infiniment aimante de Jésus pour nous aujourd’hui. Il est là, avec son Corps, avec la lumière de sa Résurrection… Être face à la Présence corporelle du Christ, le regarder, lui parler, l’adorer, c’est entrer en relation avec Jésus dans un vrai cœur à Cœur. Oui le face-à-Face de l’adoration conduit au cœur-à-Cœur de l’oraison. Certains peuvent s’en passer et beaucoup de courants spirituels dans l’Église ne pratiquent pas cette forme de prière devant le Saint Sacrement. Mais l’Église encourage vivement la pratique de l’adoration eucharistique, comme chemin pour renforcer l’amitié et la rencontre personnelle avec le Christ.
Pour nous rejoindre dans notre corps et notre âme, Dieu s’est incarné ! Et l’Eucharistie est l’extension et le prolongement de l’incarnation aujourd’hui. St Jean parle de voir, toucher, contempler le Christ pour l’annoncer. Dans l’adoration, nous portons notre regard sur cette présence. Comme la femme hémorroïsse qui touche Jésus par sa foi en touchant son manteau, dans l’adoration, nous touchons le Christ par la foi et il déverse dans notre cœur son amour transformant. Refuser l’adoration eucharistique, c’est se priver d’un levier spirituel puissant que Dieu donne à son Église… Cela pour l’aider à prier, pour s’unir à lui et pour être immergé dans la charité divine de ce sacrement de l’Amour.
Jésus parle au Père Gaston Courtois de l’adoration :
C’est sous la radiance eucharistique que tu enrichis ton âme de ma présence, j’allais presque dire de mon parfum… Si je désire être exposé à vos regards dans le sacrement de mon Eucharistie, ce n’est pas pour moi, c’est pour vous. Je sais mieux que personne à quel point votre foi a besoin, pour fixer son attention, d’être attirée vers un signe qui exprime une réalité divine. Votre adoration a souvent besoin de soutenir le regard de votre foi par la vue de l’Hostie consacrée. C’est là une concession à la faiblesse humaine, mais c’est parfaitement conforme aux lois de la psychologie… Ici, c’est la loi de l’incarnation qui joue : tant que vous êtes sur terre, vous n’êtes pas de purs esprits, ni des intelligences abstraites ; il est nécessaire que tout votre être physique et moral collabore à l’expression de votre amour pour l’intensifier. Il est possible à certaines âmes privilégiées de s’en passer au moins pour un temps, mais pourquoi refuser à la masse des hommes de bonne volonté ce qui peut les aider à mieux prier, à mieux s’unir, à mieux aimer ?
Père Gaston Courtois, Quand le Seigneur parle au cœur, Ed Mediaspaul, 13è Ed, Paris, 1993, p173-174)
Le Silence autour du “moi” en compagnie du “Toi” (Benoît XVI) :
Dans la vie d’aujourd’hui, souvent bruyante et chaotique, il est plus important que jamais de retrouver la capacité de silence intérieur et de recueillement : l’adoration eucharistique permet de le faire non seulement autour du “moi”, mais en compagnie de ce “Toi” plein d’amour qui est Jésus Christ, “le Dieu qui nous est proche”.
Benoît XVI, Angélus, Fête-Dieu, 10 juin 2007
Interview de Nicolas Buttet dans “Familles Chrétiennes”, n°1520, page 23
Vous êtes plutôt adoration ou oraison ? Je ne vois pas d’opposition. Sainte Thérèse d’Avila dit que l’oraison est «un commerce d’amitié avec un Dieu dont on se sait aimé et que l’on veut aimer en retour». L’adoration, c’est exactement cela : un dialogue d’amour. Mais comme je suis tellement pauvre et nul, Dieu se met en face de moi pour m’aider.
Pourtant, ne suffit-il pas de descendre en nous-même pour trouver Dieu ? Prier, c’est effectivement descendre dans le grand silence de son âme, pour être seul avec le Seul. Mais ce cœur-à-Cœur est difficile sans face-à-Face. La plupart du temps, en soi-même, on ne fait que trouver soi-même. On prend ses pensées pour Dieu. Au final, c’est trop souvent moi que j’explore en croyant rencontrer Dieu. L’adoration est un vis-à-vis qui conduit à un cœur-à-Cœur. Elle permet de sortir de soi-même. Elle objective ma relation à Dieu : il est là. C’est du réalisme : l’acte de foi a un support réel, l’hostie. Dans l’Eucharistie, Dieu simplifie. C’est une véritable thérapie contre tout ce qu’on a tellement compliqué dans la vie de foi. Et dans une société où la subjectivité est tellement exaltée, cette objectivité de la présence de Dieu permet d’éviter de rester centré sur son ego. Je prie un Dieu qui n’est pas ma propre idée, mais ce qu’il me dit de lui-même.
Pourquoi adorer l’Eucharistie si Dieu est caché en nous ?
Eh bien, c’est tout simple ! Quand nous adorons Jésus Hostie, nous l’adorons à la fois présent substantiellement dans l’hostie et tout aussi réellement, mais spirituellement, en nous. Le ciel est à la fois sur l’autel et dans notre cœur. Nous sommes comme une de ces belles éponges plongées dans l’océan. Nous sommes dans l’eau, mais l’eau est aussi en nous : «Demeurez en moi, comme moi en vous». Nous nous laissons envahir de toute part par l’amour de notre Dieu, de l’extérieur et de l’intérieur. Quel est notre rôle ? Il est simple aussi. Rappelons-nous les paroles de saint Jean : «Jésus est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas accueilli.» Si la belle éponge se rétracte, se ferme, elle ne peut pas absorber l’eau qui lui est offerte… Aussi demandons à l’Esprit Saint de nous aider à nous ouvrir à l’amour, offert en nous et devant nous. Accueillons-le, laissons-nous faire, abandonnons-nous dans la confiance, «tout éveillés, dans la foi, à l’action créatrice de Dieu en nous». Accueillons le plus possible cet amour offert, afin que le trop-plein de l’éponge que nous sommes se déverse sur les autres. Telle est la source d’eau vive que le Seigneur a promise à la Samaritaine.
Anne Françoise Vater, Initiation à la prière et à l’adoration, page 152
L’Eucharistie nous rend présents à Jésus :
«Dieu était dans le monde mais le monde ne L’a pas reconnu» (Jn 1, 10). L’Incarnation de Jésus ne signifie pas que Dieu est descendu du ciel pour venir sur la terre où Il n’était pas encore : «Il était dans le monde mais le monde ne L’a pas reconnu». L’Incarnation signifie la venue parmi nous d’une Humanité devenue infiniment présente à Dieu. De même l’Eucharistie ne veut pas dire que Jésus-Christ, Notre-Seigneur, devient présent alors qu’Il ne l’était pas, puisque Jésus est toujours présent à l’humanité non seulement par Sa divinité, mais bien encore par Son humanité. Et il faut dire plus : l’Humanité de Notre-Seigneur est toujours présente à chacun de nous. Il est la lumière qui éclaire tout homme, et toute grâce nous vient par Son Humanité. L’Humanité de Notre-Seigneur ne cesse jamais de nous être présente, c’est nous qui ne sommes pas présents à l’Humanité de Notre-Seigneur. Notre-Seigneur est présent, c’est nous qui sommes absents, et le mystère de l’Eucharistie est de nous ouvrir à cette Présence et de la faire circuler en nous. Si vous le voulez, pour prendre une comparaison très imparfaite et qu’il faudra aussitôt oublier, Notre-Seigneur est toujours présent par sa divinité et par son humanité, comme sont présentes les ondes de la radio : la Consécration, c’est l’ouverture de la radio qui permet de capter cette Présence déjà donnée mais sur laquelle nous n’avions pas prise.
Maurice Zundel, “Un autre regard sur l’homme”, p. 337
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Les Anoméens disaient : «Nous pouvons bien prier chez nous ; nous n’avons que faire d’aller au temple.» Saint Jean Chrysostome leur répondit : «Vous êtes dans une grande erreur ; car, bien que vous puissiez, il est vrai, prier dans votre demeure, cependant vous ne le ferez pas aussi bien que dans l’église» (Hom XXX)
Notre foi, pourtant, a besoin pour fixer son attention, d’être attirée par un signe qui renvoie à la réalité divine. La vue de l’hostie consacrée soutient la démarche de foi. Est-ce une concession à la faiblesse et à la psychologie humaine ? C’est plutôt la loi de l’Incarnation qui joue : notre être doit pouvoir collaborer à l’expression de notre amour afin de le rendre plus intense et plus incandescent. L’adoration eucharistique est de ce fait une merveilleuse miséricorde de Dieu. Il place le Corps eucharistique de Jésus à notre portée, sous notre regard. On ne peut nier le réalisme anthropologique de cette dévotion. L’intimité avec Dieu qui, en son Fils a pris chair de notre chair pour nous faire partager sa divinité, ne veut pas se passer de l’incarnation des moyens. De quelle manière faire entrer nos contemporains dans ce mouvement d’adoration, dans un contexte où le rapport au corps est biaisé ? Dans notre civilisation, le corps est souvent devenu un objet : de séduction et de convoitise qui est exhibé, de promotion commerciale, de publicité et de commerce de manipulation (une boîte à outils : transplantation d’organes, manipulations génétiques). D’un côté le corps est adulé, de l’autre méprisé, quand il est fripé, usé, déjà habité par la proximité de la mort. Quand il ne correspond plus aux canons de beauté, à l’utopie de l’éternelle jeunesse. Tant de nos contemporains voudraient un corps éternellement indemne, préservé et qui n’a pas servi. Un corps sans histoire.
Dans l’adoration, face au corps eucharistique du Christ, corps livré pour la vie du monde, corps qui a transité par la mort et qui s’est fait don et nourriture, corps qui révèle à l’Église l’intériorité et le mystère de l’amour de Dieu pour l’homme, le croyant agenouillé est invité à offrir son corps « en hostie, vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rm 12,1). En mobilisant son corps dans un geste de recueillement et d’offrande, en déchargeant son esprit de toute préoccupation, centrée sur Jésus-Hostie, l’adorateur accueille pour lui-même, au nom de l’Église et pour le salut du monde, la Mission du Christ qui donne sa vie pour que le monde ait la vie. « Votre corps est le temple de l’Esprit-Saint. Rendez gloire à Dieu dans votre corps » (1 Co, 19-20).
(Mgr Dominique Rey, “Adoration et évangélisation”
Jésus au Saint-Sacrement n’appartient à personne comme un bien propre, mais il est le don du Père pour la vie du monde. Pour bien comprendre l’adoration eucharistique, il faut toujours revenir à sa source, la Messe. Célébrée pour la gloire de Dieu et le salut du monde, la Messe est le mémorial de la Passion du Christ. Plus largement, la Messe rend présente et efficace aujourd’hui l’œuvre salvatrice du Christ, de son incarnation jusqu’à la Pentecôte et anticipe sa venue définitive et glorieuse. L’Église vit de l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Église. Les Personnes divines renouvellent leurs missions propres chaque fois que l’Église célèbre l’Eucharistie : le Père envoie de nouveau son Fils qui prend chair dans l’Eucharistie et se donne au monde : « Je suis le pain vivant donné pour la vie du monde » (Jn 6, 51). L’Esprit est donné à ceux qui s’approchent de Jésus dans l’Eucharistie dans la foi : « ‘Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi !’ selon le mot de l’Écriture : ‘de son sein couleront des fleuves d’eau vive’. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui » (Jn 7, 38). L’adoration prolonge et intensifie ce qui est célébré dans la messe (Benoit XVI, Sacramentum Caritatis, n° 66). Ainsi, nous contemplons en l’hostie non pas « son petit Jésus à soi », mais Jésus, l’envoyé du Père, qui se donne à nouveau au monde, déversant son Esprit dans le cœur des croyants. L’adoration devient union à Dieu lorsque nous nous associons à ce mouvement de l’amour qui se donne, c’est-à-dire lorsque nous participons à la triple mission des Personnes de la Sainte Trinité…
Il est donc précieux de s’entretenir avec le Christ et, penchés contre Jésus comme le disciple bien-aimé, nous pouvons être touchés par l’amour infini de son Cœur qui répand l’Esprit. Nous apprenons à connaître plus profondément celui qui s’est donné totalement pour devenir disciple et pour entrer, à notre tour, dans ce grand mouvement de don, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Nous sommes appelés à nous mettre à son école, pour être peu à peu configurés à Lui, pour laisser l’Esprit agir en nous et pour réaliser la mission qui nous est confiée. En particulier, l’amour du Christ nous pousse à travailler sans cesse à l’annonce de l’Évangile et au service des hommes.
"La proximité avec le Christ, dans le silence de la contemplation, n’éloigne pas de nos contemporains mais, au contraire, elle nous rend attentifs et ouverts aux joies et aux détresses des hommes, et elle élargit le cœur aux dimensions du monde. Elle nous rend solidaires de nos frères en humanité, particulièrement des plus petits, qui sont les bien-aimés du Seigneur. Par l’adoration, le chrétien contribue mystérieusement à la transformation radicale du monde et à la germination de l’Évangile. Toute personne qui prie le Sauveur entraîne à sa suite le monde entier et l’élève à Dieu. Ceux qui se tiennent devant le Seigneur remplissent donc un service éminent ; ils présentent au Christ tous ceux qui ne le connaissent pas ou ceux qui sont loin de lui ; ils veillent devant lui, en leur nom."
Saint Jean-Paul II à Mgr Houssiau, évêque de Liège
Voilà pourquoi il est important de proposer dans une paroisse, non pas une adoration “self-service” (par exemple en utilisant un tabernacle avec un volet ou un rideau que chacun peut ouvrir ou fermer à sa guise), mais une chaîne ininterrompue de prière et d’intercession pour l’Église et pour le monde. Pour dépasser une adoration affective (on adore quand on le sent… on va voir ‘son petit Jésus’) et passer à une adoration en ‘esprit et en vérité’, une adoration en Église et pour l’Église, il est bon de s’engager à une heure fixe d’adoration par semaine. L’adoration devient alors un service pour l’humanité. Nous veillons au nom de l’Église, pour ceux qui en ont le plus besoin… L’expérience montre que l’engagement à une heure fixe permet de persévérer aussi dans les périodes d’aridité et de sécheresse spirituelles…
1. Depuis la réforme liturgique, la Messe et l’adoration en dehors de la Messe étaient souvent considérées comme en opposition : le Pain eucharistique ne nous aurait pas été donné pour être contemplé, mais pour être mangé, selon une objection alors courante. Dans l’expérience de prière de l’Eglise, s’est désormais manifesté le manque de sens d’une telle opposition. Saint Augustin avait déjà dit : « Que personne ne mange cette chair sans auparavant l’adorer ; nous pécherions si nous ne l’adorions pas ». De fait, dans l’Eucharistie nous ne recevons pas simplement quelque chose. Celle-ci est la rencontre et l’unification de personnes ; cependant, la personne qui vient à notre rencontre et qui désire s’unir à nous est le Fils de Dieu. Une telle unification ne peut se réaliser que selon la modalité de l’adoration. Recevoir l’Eucharistie signifie adorer Celui que nous recevons. Ce n’est qu’ainsi, et seulement ainsi, que nous devenons une seule chose avec Lui. C’est pourquoi le développement de l’adoration eucharistique, telle qu’elle a pris forme au cours du Moyen-âge, était la conséquence la plus cohérente du mystère eucharistique lui-même : un accueil profond et véritable ne peut mûrir que dans l’adoration. C’est précisément dans cet acte personnel de rencontre avec le Seigneur que mûrit ensuite également la mission sociale qui est contenue dans l’Eucharistie et qui veut briser les barrières non seulement entre le Seigneur et nous, mais également et surtout les barrières qui nous séparent les uns des autres.
Benoît XVI à la curie romaine le 22 décembre 2005
2. Jésus a dit «Prenez et mangez» lors de la Sainte Cène. Mais juste après, au jardin des Oliviers, il a demandé à ses disciples « Ne pouvez-vous pas veiller une heure avec Moi ? ». Ainsi, après avoir donné son corps à manger dans l’Eucharistie, Jésus demande à ses disciples de veiller avec lui, de passer du temps en sa compagnie. Cet appel de Jésus s’adresse d’abord aux apôtres, mais ensuite à chaque chrétien. Puisque l’Eucharistie est la “continuation et l’extension de l’incarnation” (Mirae caritatis : “l’admirable trésor” par LEON XIII, 1902), c’est à dire la présence corporelle de Jésus à son Église, le croyant d’aujourd’hui peut rendre à Jésus le même hommage que ses disciples il y a 2000 ans. Le mode de présence sacramentel de l’Eucharistie continue et étend la présence du Christ à son Église. L’adoration du Saint-Sacrement donne aux croyants d’aujourd’hui de rendre le même service à la personne divine de Jésus que les disciples d’alors. Par notre foi et notre amour envers le Saint-Sacrement, nous offrons à Jésus ce que ses disciples lui ont offert dans sa présence naturelle autrefois.
3. Il est vrai que le noyau central de la foi eucharistique, donné par Jésus, est « Prenez et mangez, faites ceci en mémoire de moi ». Mais il ne faut pas rejeter ce que l’Esprit-Saint a enseigné à son Église au cours des siècles pour approfondir ce mystère même. Dans son grand discours eucharistique de la Sainte Cène, Jésus a dit: « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas encore la force de le porter. Quand il viendra, l’Esprit, il vous guidera dans la vérité tout entière : il redira tout ce qu’il a entendu dire ; et ce qui doit venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il prendra ce qui vient de moi et vous le fera connaître. » (Jn 16, 12) En effet, plus l’Église a pénétré le mystère de l’Eucharistie, plus elle a compris que la réception du Christ dépasse le cadre de la célébration. Le mystère eucharistique demeure. Il nous inclut dans le culte divin de l’Église universelle…
4. Dans le Catéchisme de l’Église Catholique sur l’adoration de l’Eucharistie (1378-1380), nous lisons : “dans l’Église primitive, la réserve eucharistique avait d’abord pour but la communion des malades, mais après, avec une meilleure compréhension du mystère, sous l’inspiration du Saint Esprit, l’Église a développé le culte d’adoration du Saint-Sacrement.” Jean-Paul II rappelle que l’Eucharistie ne peut se réduire à sa dimension communautaire avec la sainte Messe, mais doit aussi être vécue dans sa dimension de présence, c’est-à-dire dans l’adoration eucharistique. (cf. Ecclesia de Eucharistia, 61).
L’animation et l’approfondissement du culte eucharistique sont une preuve du renouveau authentique que le Concile s’est fixé comme but, et ils en sont le point central. Et cela, vénérés et chers Frères, mérite que nous y réfléchissions spécialement. L’Eglise et le monde ont un grand besoin de culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement d’amour. Ne mesurons pas notre temps pour aller le rencontrer dans l’adoration, dans la contemplation pleine de foi et prête à réparer les grandes fautes et les grands délits du monde. Que notre adoration ne cesse jamais…
Jean-Paul II écrit dans Dominicae Cenae
5. Benoit XVI nous aide à approfondir cette réflexion:
Une objection affirme que le Seigneur s’est donné dans le pain et dans le vin. Ce sont des choses que l’on mange. Par là, il aurait montré assez clairement ce qu’il veut qu’on en fasse et ce qu’il ne veut pas. On en a conclu que le pain n’est pas là pour être regardé, mais être mangé. Au fond, c’est juste ; le Concile de Trente dit aussi la même chose. Mais rappelons-nous ce que veut dire recevoir le Seigneur. Ce n’est jamais seulement un acte physique comme lorsque je mange un morceau de pain. Cela ne saurait pour cela jamais être seulement l’acte d’un moment. Recevoir le Christ signifie : aller à sa rencontre, l’adorer. Pour cette raison, la réception peut dépasser la célébration eucharistique, oui, c’est même nécessaire. Plus l’Eglise a pénétré le mystère eucharistique, plus elle a compris qu’elle ne peut pas finir de célébrer la communion dans les minutes auxquelles la messe est limitée. Ce n’est que lorsqu’on a allumé dans les églises la lampe du Saint-Sacrement et qu’on l’a posée à côté du tabernacle que le mystère a éclos comme une fleur et que la plénitude du mystère eucharistique a été accueillie par l’Église. L’église n’est pas un local dans lequel tôt le matin a lieu une fois quelque chose, tandis qu’il demeurerait vide et « sans fonction » pour le reste de la journée. Dans le local qu’est l’église, il y a toujours l’Église puisque le Seigneur se donne toujours, puisque le mystère eucharistique demeure et puisqu’en nous avançant vers ce mystère, nous sommes toujours inclus dans le culte divin de toute l’Église croyante, priante et aimante.
Nous connaissons tous la différence entre une église remplie de prières et une église devenue un musée. Aujourd’hui, nous courons le grand danger que nos églises deviennent des musées et qu’elles aient alors le son des musées : quand elles ne sont pas fermées, elles sont pillées. Elles ne vivent plus. La mesure de la vie de l’Église, la mesure de son ouverture intérieure, se montrera dans le fait qu’elle pourra tenir ses portes ouvertes parce qu’elle est une église remplie de prières. Je vous prie donc tous, de tout cœur, de reprendre de l’élan pour cela. Ressouvenons-nous du fait que l’Église est toujours vivante, qu’en elle le Seigneur vient continuellement à notre rencontre.
L’Eucharistie et sa communion seront d’autant plus remplies que nous nous préparerons nous-mêmes pour le Seigneur dans une prière silencieuse devant la présence eucharistique et que nous deviendrons de véritables communiants. Une telle adoration est toujours plus que de parler à Dieu en général.
Extrait « Dieu nous est proche » L’Eucharistie au cœur de l’Église Benoit XVI Page 94
On le peut, certes. Mais s’il n’y avait que cela, alors l’initiative de la prière, c’est nous seuls qui la prendrions ; alors Dieu serait un postulat de notre pensée – s’il répond, s’il peut et veut répondre, cette question resterait ouverte. L’Eucharistie signifie : Dieu a répondu. L’Eucharistie est Dieu comme réponse, comme présence qui répond. Alors, l’initiative de la relation entre Dieu et l’homme n’est plus notre affaire, mais celle de Dieu, et ce n’est qu’ainsi que cela devient sérieux. C’est pourquoi la prière dans l’espace de l’adoration eucharistique atteint un niveau tout à fait nouveau ; c’est maintenant que la relation est devenue bilatérale et donc vraiment sérieuse. Oui, elle est non seulement bilatérale, mais universelle : quand nous prions en présence de Jésus-Eucharistie, nous ne sommes jamais seuls. Alors, toute l’Église célébrant l’Eucharistie prie toujours avec nous. Alors, nous prions dans l’espace de l’exaucement, puisque nous prions dans l’espace de la mort et de la résurrection, donc là où est exaucée la plus véritable de toutes nos demandes : la demande de la victoire sur la mort, la demande de l’amour qui est plus fort que la mort. Dans cette prière, nous ne nous tenons plus devant un Dieu imaginaire, mais devant le Dieu qui s’est donné à nous réellement ; devant le Dieu qui, pour nous, s’est fait communion et qui, ainsi, nous libère pour la Communion et nous conduit à la résurrection, nous qui étions limités. Nous devons chercher à nouveau une telle prière. Que nous redevenions Église priante et, par là, Église ouverte. Seule l’Église priante est ouverte. Elle seule est vivante et invite les hommes ; elle offre à la fois communion et espace de silence.
Extrait « Dieu nous est proche » L’Eucharistie au cœur de l’Église. Benoit XVI, p 95.
Prier Dieu “dans la nature et la forêt”, c’est ce qui s’appelle “la louange”. Saint Paul invite à prier sans cesse. Dieu est certes présent dans sa création par sa présence d’immensité. Mais c’est par son Fils Jésus-Christ, Dieu fait chair, que le monde est sauvé. La sainte humanité de Jésus se donne dans l’Eucharistie. Aller à la messe, adorer le Saint Sacrement, c’est revenir à Jésus Sauveur du monde, source du salut. C’est aller puiser toutes les grâces nécessaires pour que sa vie devienne louange et offrande.
Ceci est absurde. On adore avant tout parce que Dieu est Dieu et nous sommes ses créatures. C’est le premier commandement et Jésus le rappelle “Tu adoreras le Seigneur ton Dieu ; à lui seul tu rendras un culte” (Lc 4, 8). Et cela suffit !!! Adorer est le premier devoir de justice de l’homme vis-à-vis de son Créateur. Jésus dans l’Eucharistie est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde : “Il est digne l’Agneau immolé de recevoir tout honneur, louange et gloire (Ap 5, 12) dans une adoration incessante (Ap 7, 15) pour tout ce qu’il a fait pour notre salut. (Ap 5, 9)”.
Adorer la sainte Hostie, ce devrait être le fond de la vie de tout humain.
Charles de Foucauld
Ce n’est que dans l’adoration eucharistique que peut mûrir un accueil profond et véritable. C’est précisément dans cet acte personnel de rencontre avec le Seigneur que mûrit ensuite également la mission sociale qui est contenue dans l’Eucharistie et qui veut briser les barrières non seulement entre le Seigneur et nous, mais également et surtout les barrières qui nous séparent les uns des autres.
Benoît XVI, vœux de Noël, 22 décembre, 2005
Adorer est en soi un acte qui nous évangélise et qui évangélise le monde par sa puissance de transformation. “L’adoration est un acte intime, mais aussi missionnaire, évangélisateur. N’est-elle pas l’acte où se révèle que le monde a un cœur et que ce cœur vibre de l’amour qui transforme tout ?” (Mgr Dominique Rey, Congrès de l’adoration, Paray-le-Monial, 2006). En plus d’affermir notre l’union avec Dieu, l’adoration en “esprit et en vérité” pousse naturellement le croyant, s’il ne fait pas obstacle à l’Esprit, à annoncer Jésus-Christ à ses proches comme la Samaritaine a annoncé aux siens sa rencontre avec le Sauveur…
La Messe est le centre, la source et le sommet de toute vie chrétienne. « L’acte d’adoration en dehors de la messe prolonge et intensifie ce qui est réalisé durant la célébration liturgique elle-même » (Benoit XVI, ‘Sacramentum Caritatis’, n°66). Adorer la sainte hostie nous pousse à discerner, sous les apparences du pain, la présence de notre doux Sauveur Jésus-Christ. En adorant, je communie spirituellement, ce qui fait grandir dans mon cœur le désir de la communion sacramentelle.
À la messe, les aspects sacrificiel et communautaire de l’Eucharistie sont mis en exergue. Dans l’adoration eucharistique, c’est la présence permanente de Jésus, notre Emmanuel, Dieu avec nous, qui est mise en avant. Nombreuses sont les paroisses qui témoignent d’une assistance accrue à la messe quotidienne après l’établissement de l’adoration perpétuelle.
Voici quelques références du Magistère :
L'Assemblée des Évêques a voulu attirer l'attention sur l'importance de la relation intrinsèque entre célébration eucharistique et adoration. Dans cet aspect significatif de la foi de l'Église, se trouve l'un des éléments décisifs du chemin ecclésial, réalisé après la réforme liturgique voulue par le Concile Vatican II. Alors que la réforme accomplissait ses premiers pas, le rapport intrinsèque entre la Messe et l'adoration du Saint-Sacrement ne fut parfois pas assez clairement perçu. Une objection alors diffuse se faisait jour, par exemple, dans l'affirmation selon laquelle le Pain eucharistique ne nous serait pas donné pour être contemplé, mais pour être mangé. En réalité, à la lumière de l'expérience de prière de l'Église, une telle opposition se révélait privée de tout fondement. Déjà saint Augustin avait dit: « nemo autem illam carnem manducat, nisi prius adoraverit;... peccemus non adorando – Que personne ne mange cette chair sans d'abord l'adorer;... nous pécherions si nous ne l'adorions pas ». Dans l'Eucharistie, en effet, le Fils de Dieu vient à notre rencontre et désire s'unir à nous; l'adoration eucharistique n'est rien d'autre que le développement explicite de la célébration eucharistique, qui est en elle-même le plus grand acte d'adoration de l'Église. Recevoir l'Eucharistie signifie se mettre en attitude d'adoration envers Celui que nous recevons. C'est ainsi, et seulement ainsi, que nous devenons un seul être avec Lui et que nous goûtons par avance, d'une certaine façon, la beauté de la liturgie céleste. L'acte d'adoration en dehors de la Messe prolonge et intensifie ce qui est réalisé durant la Célébration liturgique elle-même. En fait, « ce n'est que dans l'adoration que peut mûrir un accueil profond et vrai. Et c'est bien par cet acte personnel de rencontre avec le Seigneur que mûrit ensuite la mission sociale qui est renfermée dans l'Eucharistie et qui veut briser les barrières non seulement entre le Seigneur et nous, mais aussi et surtout les barrières qui nous séparent les uns des autres.
Benoît XVI, Sacramentum Caritatis, 66
L'adoration est une prière qui prolonge la célébration et la communion eucharistique et dans laquelle l'âme continue à se nourrir: elle se nourrit d'amour, de vérité, de paix; elle se nourrit d'espérance, parce que Celui devant lequel nous nous prosternons ne nous juge pas, ne nous écrase pas, mais nous libère et nous transforme.
Benoît XVI, homélie Fête-Dieu, 2008
Le mystère eucharistique – sacrifice, banquet, présence – n'admet ni réduction ni manipulation; il doit être vécu dans son intégrité, que ce soit dans l'acte de la célébration ou dans l'intime échange avec Jésus que l'on vient de recevoir dans la communion, ou encore dans le temps de prière et d'adoration eucharistique en dehors de la Messe…
Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, 61.
Il convient tout particulièrement, aussi bien dans la célébration de la Messe que dans le culte eucharistique hors de la Messe, de développer une vive conscience de la présence réelle du Christ, en prenant soin d’en témoigner par le ton de la voix, par les gestes, par les mouvements, par le comportement tout entier. À cet égard, les normes rappellent - et j’ai eu moi-même l’occasion de le rappeler récemment - l’attention qui doit être portée aux moments de silence dans la célébration comme dans l’adoration eucharistique. En un mot, il est nécessaire que les ministres et les fidèles traitent l’Eucharistie avec un très grand respect. La présence de Jésus dans le tabernacle doit constituer comme un pôle d’attraction pour un nombre toujours plus grand d’âmes pleines d’amour pour lui et capables de rester longuement à écouter sa voix et à entendre presque les battements de son cœur. «Goûtez et voyez : le Seigneur est bon!» (Ps 33 [34], 9). En cette année, puisse l’adoration eucharistique en dehors de la Messe, constituer un souci tout spécial des communautés paroissiales et religieuses ! Restons longuement prosternés devant Jésus présent dans l’Eucharistie, réparant ainsi par notre foi et notre amour les négligences, les oublis et même les outrages que notre Sauveur doit subir dans de nombreuses parties du monde. Dans l’adoration, puissions-nous approfondir notre contemplation personnelle et communautaire, en nous servant aussi de textes de prière toujours imprégnés par la Parole de Dieu et par l’expérience de nombreux mystiques anciens ou plus récents! Le Rosaire lui-même, entendu dans son sens le plus profond, biblique et christocentrique, que j’ai recommandé dans la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ, pourra être une voie particulièrement adaptée à la contemplation eucharistique, réalisée en compagnie de Marie et à son école.
Mane Nobiscum Domine, 18, Jean-Paul II, 2004)
Un tel culte qui s’adresse par conséquent à la Trinité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, accompagne et pénètre avant tout la célébration de la liturgie eucharistique. Mais il doit aussi remplir nos sanctuaires même hors des heures de messe. Puisque le mystère eucharistique a été institué par amour et qu’il nous rend le Christ sacramentellement présent, il est digne en vérité d’action de grâces et de culte. Ce culte doit apparaître dans chacune de nos rencontres avec le Saint-Sacrement, quand nous visitons nos églises, ou quand les saintes espèces sont portées et administrées aux malades. L’adoration du Christ dans ce sacrement d’amour doit trouver ensuite son expression en diverses formes de dévotion eucharistique : prière personnelle devant le Saint-Sacrement, heures d’adoration, expositions brèves, prolongées, annuelles (quarante heures), bénédictions eucharistiques, processions eucharistiques, congrès eucharistiques.
Le culte eucharistique est donc justement une expression de cet amour, qui est la caractéristique authentique et la plus profonde de la vocation chrétienne. Ce culte jaillit de l'amour et sert à l'amour, auquel nous sommes tous appelés en Jésus-Christ (22). La perfection de l'image de Dieu que nous portons en nous, image qui correspond à celle que le Christ nous a révélée, est un fruit vivant de ce culte. En devenant ainsi des adorateurs du Père " en esprit et en vérité " (23), nous croissons dans une union toujours plus parfaite avec le Christ, nous Lui sommes toujours plus unis et - s'il est permis de s'exprimer ainsi - nous sommes toujours plus solidaires de Lui."
Dominicae Cenae, le Mystère et le culte de la Sainte Eucharistie, Jean-Paul II, 24 février 1980
Laissez les comprendre que par ce type de prière devant le Christ au Saint-Sacrement, ils prolongent cette union qu’ils ont acquise avec lui dans la communion, et renouvellent l’alliance qui les engage à pratiquer dans leur vie et leur conduite ce qu’ils ont reçu dans la foi dans la célébration de l’Eucharistie et dans la réception du sacrement.
Eucharstiae Sacramentum, 21 juin 1973
Les fidèles, lorsqu’ils adorent le Christ présent dans le Saint-Sacrement, doivent se rappeler que cette présence dérive du Sacrifice et tend à la communion tout à la foi sacramentelle et spirituelle.
Congrégation des Rites, Instruction sur le culte de l’Eucharistie, Eucharsiticum Mysterium, 25 Mai 1967.
En conséquence, la dévotion qui amène les fidèles à rendre visite au Saint-Sacrement les rapproche toujours plus de la participation du Mystère Pascal.
Eucharsiticum Mysterium, 25 Mai 1967. Instruction sur le culte du mystère eucharistique.)
La célébration de l’Eucharistie dans le sacrifice de la Messe est l’origine et la consommation du culte envers l’Eucharistie hors de la Messe.
Eucharisticum Mysterium, 25 Mai 1967.
Le mystère de l’Eucharistie doit donc être considéré dans toute sa plénitude, non pas seulement dans la célébration de la messe, mais aussi dans le culte des espèces sacrées qui restent après la messe et sont réservées pour étendre la grâce du sacrifice.
Eucharsiticum Mysterium, 25 Mai 1967. Instruction sur le culte du mystère eucharistique
L’Église Catholique fait profession de rendre ce culte d’adoration au Sacrement de l’Eucharistie non seulement durant la Messe mais aussi en dehors de sa célébration.
Mysterium Fidei, Paul VI, 1965.
La porte du tabernacle ou la vitre de l’ostensoir ne peuvent en aucun cas limiter la présence réelle du Seigneur ni sa grâce ou ses effets vivifiants et transformants dans l’âme. Toutefois, pour l’adorateur, il est plus facile de voir la sainte Hostie ! Dans l’ordre de la psychologie humaine et conformément aux lois de l’Incarnation, la différence entre “voir l’hostie” et “prier devant le tabernacle fermé” peut se comparer à la différence entre converser avec un ami face à face et converser avec ce même ami sans le voir directement. “Voir l’hostie” aide l’adorateur à s’unir au Christ par la foi en fixant son regard sur l’hostie.
De plus, par l’exposition du Saint-Sacrement, nous honorons et glorifions le mode sacramentel du Christ dans l’Eucharistie. Cela s’inscrit dans la demande de Jésus à sainte Julienne d’instituer la Fête-Dieu pour honorer solennellement son Corps et son Sang sous les apparences du pain…
Sous d’autres modes, Jésus est présent à son Église, par sa puissance, par son autorité, par son Esprit. Mais dans l’Eucharistie, il est présent personnellement avec son Corps, son Sang, son Ame et sa Divinité. Saint Paul VI présente dans son encyclique “Mysterium Fidei les différents modes de présences du Christ à son Église (cf ci-dessous).
La présence de Jésus dans l’Eucharistie est une présence corporelle (cf méditation du Cardinal Journet). Là, il accomplit sa promesse de ne jamais nous quitter selon ses paroles : “Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin des temps” (Mt 28, 20) L’adoration eucharistique perpétuelle est un petit coin du ciel sur la terre, puisque Jésus y est adoré sans cesse ici-bas, tout comme les anges et les saints l’adorent sans cesse au ciel.
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La présence réelle du Christ s’effectue selon divers modes :
1 – Le Christ est présent, conformément à sa promesse ( Mt 18,20), là où des chrétiens sont réunis en son nom pour prier.
2 – Le Christ est présent dans le frère rencontré, surtout le pauvre (Mt 25,40).
3 – Le Christ est présent quand la parole de Dieu est proclamée.
4 – Le Christ est présent dans les sacrements.
5 – Le Christ est présent dans la personne du prêtre qui agit réellement au non du Christ, » in persona Christi ».
6 – Le Christ est présent dans le pain et le vin consacrés qui deviennent réellement son corps et son sang, donnés au peuple qu’il rassemble.
La sainte réserve (tabernacle) était d’abord destinée à garder dignement l’Eucharistie pour qu’elle puisse être portée aux malades et aux absents en dehors de la messe. Par l’approfondissement de la foi en la présence réelle du Christ dans son Eucharistie, l’Église a pris conscience du sens de l’adoration silencieuse du Seigneur présent sous les espèces eucharistiques. C’est pour cela que le tabernacle doit être placé à un endroit particulièrement digne de l’église ; il doit être construit de telle façon qu’il souligne et manifeste la vérité de la présence réelle du Christ dans le Saint-Sacrement.
Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1379
Au contraire, même si l’adoration eucharistique doit se distinguer de la prière du Rosaire. De même que Marie a toujours conduit les âmes à Jésus, de même en priant le chapelet devant le Saint-Sacrement, Marie fortifie ma foi en la présence réelle pour reconnaître Jésus sous les apparences du pain. Elle me conduit à une adoration en “esprit et en vérité”. Sainte Teresa de Calcutta partageait son adoration en deux parties. D’abord elle méditait le chapelet devant le Saint-Sacrement exposé, ensuite elle prenait un temps de silence et de cœur à Cœur avec Jésus au Saint-Sacrement.
15. – Adoration et Liturgie des Heures. “ Devant le Saint-Sacrement longuement exposé, on peut encore célébrer une partie, en particulier une heure principale, de la Liturgie des Heures. Celle-ci, en effet, étend aux diverses heures du jour les louanges et actions de grâce qui sont offertes à Dieu dans la célébration de l’Eucharistie ; les supplications de l’Église sont adressées au Christ et par lui au Père, au nom du monde entier ”
De sacra communione, 96.
16. – Adoration et Chapelet. La Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae nous a dernièrement aidé à dépasser une vision du chapelet considérée comme une prière simplement mariale, en nous invitant à valoriser son caractère éminemment christologique : contempler les mystères du Christ avec les yeux et le cœur de Marie, en communion avec elle et à son exemple.
‘Suggestions et Propositions’ présentées par la congrégation du culte divin en 2004
Le Rosaire lui-même, entendu dans son sens le plus profond, biblique et christocentrique, que j’ai recommandé dans la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ, pourra être une voie particulièrement adaptée à la contemplation eucharistique, réalisée en compagnie de Marie et à son école”
Saint Jean-Paul II, ‘Mane nobiscum, Domine’, « Reste avec nous Seigneur “, 10 oct 2004
Concernant la valeur de la messe télévisée, Benoit XVI écrivait ceci :
Pour ce qui concerne la valeur de la participation à la Messe, rendue possible par les moyens de communication, celui qui assiste à ces retransmissions doit savoir que, dans des conditions normales, il ne satisfait pas au précepte dominical. En effet, le langage de l’image représente la réalité, mais il ne la reproduit pas en elle-même. S’il est très louable que les personnes âgées et les malades participent à la Messe dominicale par les retransmissions radio-télévisées, on ne pourrait en dire autant de celui qui, par ces retransmissions, voudrait se dispenser de se rendre à l’église pour participer à la célébration eucharistique dans l’assemblée de l’Église vivante.
Benoit XVI, Exhortation Apostolique, ‘Sacramentum Caritatis’ n° 57.
(En plus du cas ordinaire des “personnes âgées et aux malades“, il faut ajouter le cas extraordinaire d’une épidémie qui empêche les fidèles de se rendre à l’Eglise… Il est bénéfique pour eux d’assister à la messe télévisée…)
Les bienfaits de la messe télévisée sont liés à la Liturgie de la Parole qui est d’une grande valeur pour les auditeurs, car « la foi nait de ce qu’on entend » (Rm 10, 17). Aussi, la messe télévisée rappelle que la foi ne peut être vécue en privé, mais s’unir à une célébration eucharistique par le cœur aide à vivre la foi en Église… Enfin, la messe télévisée favorise la communion spirituelle, ce qui est un moyen précieux pour s’unir au Christ lorsque la communion sacramentelle n’est pas possible.
Toutefois la Sainte Messe rend présente deux réalités qui ne sont pas « reproduites » par la messe télévisée :
D’une part, le Sacrifice du Christ sur la Croix et les fruits de la passion. Bien que la messe rayonne sur le monde, les effets du Saint Sacrifice s’appliquent avant tout sur les fidèles présents à la messe. Le Concile Vatican II insiste sur la « participatio actuosa », participation active à l’acte du Christ dans la Liturgie, qui ne peut se faire que par une attitude de foi et d’amour intérieure, associée à une attitude extérieure. La présence physique à la célébration eucharistique fait partie de cette participation active de cœur et de corps.
D’autre part, le Christ ressuscité sous les apparences du pain qui se donne en nourriture. La communion sacramentelle nécessite la manducation de la sainte hostie, ce qui est impossible pour une retransmission télévisée de la messe. Toutefois, la communion spirituelle est d’une grande valeur pour s’unir au Christ dans l’Eucharistie. Celle-ci peut se faire tous les jours et n’importe où !
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Pour aller plus loin, voici quelques considérations sur la différence entre la communion spirituelle et la communion de désir.
Ceux qui ne peuvent communier sacramentellement peuvent néanmoins recevoir des grâces découlant de la Sainte Eucharistie. Il est opportun de distinguer la communion de désir de la communion spirituelle. Cela peut se vivre soit en participant au Sacrifice de la messe, soit dans l’adoration eucharistique, soit chez soi…
Communion de désir : Elle concerne ceux qui n’ont pas encore accès à la sainte communion comme les catéchumènes, ceux qui n’ont pu confesser un péché grave dans le sacrement de la réconciliation ou ceux qui sont empêchés de communier pour des raisons canoniques, comme les divorcés remariés ou toutes les situations matrimoniales irrégulières… Toutes ces personnes, par une communion de désir envers la sainte Hostie, recevront les grâces suffisantes pour avancer sur un chemin authentique de conversion et d’accès au Christ.
Quand nous le contemplons présent au Saint-Sacrement de l’autel, le Christ se fait proche de nous et plus intime à nous-mêmes : il nous donne part à sa vie divine dans une union transformante et, par l’Esprit, il nous ouvre l’accès au Père, comme il le disait lui-même à Philippe : ‘Qui m’a vu a vu le Père’ (Jn 14, 9). La contemplation, qui est aussi une communion de désir, nous associe intimement au Christ et elle associe de manière toute spéciale ceux qui sont empêchés de le recevoir.
Saint Jean-Paul II, Lettre à Mgr Houssiau, 28 Juin 1996.
Communion spirituelle : Elle concerne ceux qui sont dans l’impossibilité de se déplacer (maladie, vieillesse, épidémie, manque de moyen de transport, pas de messe à proximité…). Les fidèles pourront faire une communion spirituelle et recevoir ainsi des grâces insignes. Pour cela, il faut poser non seulement un acte de foi en la présence réelle, mais aussi exprimer son désir de recevoir spirituellement la sainte Hostie dans son cœur…
Le Concile de Trente définit la communion spirituelle ainsi :
Elle consiste dans un ardent désir de se nourrir du Pain céleste, avec une foi vive qui agit par la charité et qui nous rend participants des fruits et des grâces du Sacrement.
Session XIII, ch. 8
Les fruits sont les mêmes que ceux de la Communion Sacramentelle. Résumons-les en quatre mots avec Saint Thomas : « Comme l’autre communion… elle soutient, fortifie, répare et réjouit ».
Voici une prière type : « Mon Jésus, je crois que vous êtes ici présent dans le Saint-Sacrement. Je vous aime par-dessus tout chose et je désire ardemment vous recevoir dans mon âme. Puisque je ne puis, à cette heure, vous recevoir sacramentellement, venez au moins spirituellement dans mon cœur ».
Le réalisme de l’Eglise, l’encharnellement (Péguy) du Christianisme et des sacrements comme prolongation de l’Incarnation, exige la Présence réelle corporelle et non virtuelle. Cela de part et d’autre ! Face à la présence réelle de Jésus dans la Sainte Hostie, il faut la présence réelle de l’homme ! Devant la crise de la désincarnation et la déréalisation du monde, le réalisme (ou non le virtuel) reste fondamental.
Regarder un écran qui diffuse une exposition du Saint-Sacrement en direct n’est pas l’adoration eucharistique ! L’écran n’est pas un ostensoir. Puisque « le langage de l’image représente la réalité, mais il ne la reproduit pas en elle-même » (cf Benoît XVI, SC 57), l’écran ne rend présent ni le Corps du Christ, ni la grâce qu’il contient. Pour cette raison, même si rien ne peut limiter l’action souveraine de Dieu, la grâce eucharistique ne se communique pas à celui qui regarde une “adoration eucharistique” retransmise en direct à l’écran.
Ainsi, s’il est impossible de se rendre physiquement dans une chapelle d’adoration (maladie, empêchement, épidémie…), au lieu de regarder une hostie sur un écran, l’union au Christ se réalise par les autres formes de prière que l’Église nous donne: la méditation de la Parole de Dieu (Lectio Divina), l’Oraison chez soi, la Liturgie des Heures, la communion spirituelle, etc…
La Lectio Divina: Partant de la lecture d’un texte de la Bible (lectio), elle se prolonge dans la réflexion sur ce même texte (meditatio), se poursuit par un dialogue avec Dieu (oratio) se terminant par une écoute silencieuse de Dieu (contemplatio).
L’Oraison, le ‘cœur à cœur’, telle qu’elle est vivement recommandée par l’Eglise dans la sainte tradition du Carmel.
La Liturgie des Heures: une prière quotidienne chrétienne, répartie en plusieurs moments de la journée, appelés offices. Il s’agit de prier tout au long de la journée, de « prier sans cesse ».
La Communion Spirituelle pour s’unir au Christ dans l’Eucharistie. Cette communion se vit dans son cœur par la foi, sans avoir à regarder un écran…
Pour aller plus loin, l'objection précédente donne quelques considérations sur la différence entre la communion spirituelle et la communion de désir.
Certaines personnes peuvent sentir l’appel à adorer le Seigneur dans les tabernacles abandonnés du monde. Et cela sans pouvoir se rendre dans les églises en question. Il faut se souvenir que l’adoration nocturne à distance avait trouvé place dans l’histoire de l’Eglise.
En 1844, l’Abbé de la Bouillerie eut l’idée de réunir une association de personnes qui adoreraient le Saint-Sacrement pendant les heures de la nuit. Deux ans plus tard était fondée l’œuvre de l’adoration nocturne à domicile. Sans bruit mais sans arrêt, cette association de prière et de pénitence poursuivit son œuvre à travers des milliers de nuits. Entre 20 heures et 8 heures du matin, les personnes participant à l’œuvre avaient une heure d’adoration à accomplir.
Ces personnes n’avaient pas le Saint-Sacrement chez elles, mais elles se transportaient en pensée devant les Tabernacles solitaires et adoraient le Christ aux grandes intentions de l’Église (François Veuillot, Histoire du rite de l’élévation et de l’exposition du Saint-Sacrement, in : Eucharistia, librairie Bloud et Gay, Paris 1947, p. 364)
Plusieurs personnes pratiquent aujourd’hui encore cette adoration nocturne lorsqu’elles ne peuvent pas se rendre directement devant le Saint-Sacrement exposé dans une église ou une chapelle.
En, 1851 Mme Tholin-Bost créa une association de l’adoration à domicile, elle fut encouragée par le père Julien-Eymard, qui s’inscrit lui-même à son œuvre…
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