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/ Saint François d'Assise

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE

(1182-1226)

La piété eucharistique médiévale connaît au XIIIᵉ siècle un tournant décisif. Le concile du Latran IV (1215) affirme avec autorité la doctrine de la transsubstantiation, tandis que la dévotion populaire se concentre de plus en plus sur la contemplation du Saint-Sacrement. Dans ce contexte, saint François d’Assise (1182-1226) se distingue par une sensibilité eucharistique exceptionnelle.

Bien que le terme « adoration eucharistique » n’ait pas encore été employé à son époque, sa spiritualité manifeste une authentique vénération de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, intimement liée à sa théologie de l’Incarnation, de l’humilité divine et de la Croix. Le concile du Latran IV définit solennellement que le Christ est « vraiment contenu sous les espèces du pain et du vin ». Cette affirmation dogmatique marque un approfondissement de la doctrine et nourrit le développement de pratiques nouvelles (élévation de l’hostie, processions, culte du Saint-Sacrement). 

Là où il y a charité et sagesse, il n’y a ni crainte ni ignorance. 

(Admonition XXVII)

François d’Assise n’est pas un théologien spéculatif, mais un témoin spirituel. Il reçoit et traduit dans un langage simple la foi de l’Église : pour lui, l’Eucharistie est la continuation de l’Incarnation. Son génie spirituel est de relier la présence eucharistique au mystère de l’humilité divine, ce qui rend son approche unique et prophétique. Dans ses Lettres aux clercs et dans son Testament, François manifeste une vive préoccupation : que le Corps du Christ soit conservé avec soin et dignité. Il écrit : 

« Je vous prie donc, plus que si c’était pour moi, et je vous supplie, pour l’amour de Celui qui s’est livré à nous dans le sacrement, de faire en sorte que le très saint Corps et Sang de notre Seigneur Jésus Christ soit conservé en un lieu précieux et bien fermé. »

-- Lettre aux clercs, 11. 

Pour François, le respect matériel (vases sacrés, corporaux, tabernacle) n’est pas secondaire : il reflète la foi dans la présence réelle. Le manque de soin liturgique équivaut à une négation pratique de la foi eucharistique. L’adoration commence donc par une attitude de respect, de beauté et de dignité dans le culte. 

François contemple dans l’Eucharistie le Christ qui continue de s’abaisser. Dans la Lettre à tous les fidèles, il affirme : 

 

Dans ce sacrement, je ne vois rien d’autre du Très-Haut Fils de Dieu sinon son très saint Corps et son très précieux Sang.

-- I, 12

 

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​« Admirable grandeur et stupéfiante bonté ! O humilité sublime !

Le maître de toutes choses, Dieu, Fils de Dieu, s’humilie à ce point que, pour notre salut,

sous une modique parcelle de pain, il se cache. »

​« Nous t’adorons, très saint Seigneur Jésus-Christ, ici,

et dons toutes les églises du monde entier,

et nous te bénissons, parce que par ta sainte Croix, tu as racheté le monde. »

« Ô admirable élévation et stupéfiante faveur ! Ô humilité sublime ! Ô humble sublimité, que le Seigneur de l’univers, Dieu et Fils de Dieu, s’humilie au point de se cacher pour notre salut sous une modique forme de pain ! Voyez, frères, l’humilité de Dieu et répandez vos cœurs devant Lui ; humiliez-vous, vous aussi, pour être exaltés par Lui. Ne retenez donc pour vous rien de vous, afin que vous reçoive tout entiers Celui qui se livre à vous tout entier. » 

-- Lettre à tout l’ordre, 27-29.

François dit à Rufin : “Avec l’aide du Seigneur, tu as surmonté ta volonté de domination et de prestige. Mais ce n’est pas seulement une fois, mais dix, vingt, cent fois qu’il te faudra la surmonter.”

– Vous me faites peur, Père, dit Rufin. Je ne me sens pas taillé pour soutenir une telle lutte.

– Tu n’y parviendras pas en luttant mais en adorant, répliqua François. L’homme qui adore Dieu reconnaît qu’il n’y a de Tout Puissant que lui seul. Il le reconnaît et il l’accepte. Profondément, cordialement. Il se réjouit que Dieu soit Dieu. Dieu est, cela suffit. Et cela le rend libre. Comprends-tu ?

– Oui, Père, je comprends, répondit Rufin.

– Si nous savions adorer, reprit François, rien ne pourrait véritablement nous troubler. Nous traverserions le monde avec la tranquillité des grands fleuves.

-- Eloi Leclerc, Sagesse d’un pauvre)

L’Eucharistie est le sacrement de l’humilité de Dieu : comme à Bethléem, comme sur la croix, Jésus se fait petit, vulnérable et accessible. François exprime avec force que le mystère de l’abaissement ne cesse jamais : 

 

Voyez, chaque jour il s’humilie comme lorsqu’il descendit du trône royal dans le sein de la Vierge ; chaque jour il vient à nous lui-même, humble, il descend du sein du Père sur l’autel entre les mains du prêtre.

-- Lettre à tous les fidèles, I, 13 

 

Cette théologie de l’abaissement nourrit directement l’attitude d’adoration : l’homme ne peut que se prosterner devant un Dieu qui se fait si proche. Même si l’adoration eucharistique solennelle n’existait pas encore, François en a vécu l’esprit. Il demande aux frères de se prosterner, de vénérer, de prier en silence devant le Saint-Sacrement. Dans son Testament, il exhorte : 

Je supplie tous mes frères de vénérer le très saint Corps et Sang de notre Seigneur Jésus Christ, et les saints noms et paroles écrites qui le consacrent.

Heureux celui qui aimerait et respecterait son frère autant lorsqu’il est loin de lui que lorsqu’il est avec lui.

(Admonition XXV)

Mais l’expérience mystique de François atteint son sommet en 1224, deux ans avant sa mort, lorsqu’il reçoit les stigmates au mont Alverne. Alors qu’il priait longuement devant le Crucifié, il fut marqué dans sa chair des plaies du Christ. Ce don exceptionnel manifeste la parfaite identification de François au mystère de la Passion. Or, ce qui s’accomplit en lui corporellement prolonge ce qu’il contemplait déjà dans l’Eucharistie : le Christ humilié, livré, réellement présent. Les stigmates deviennent comme le sceau visible de sa piété eucharistique et de sa participation au sacrifice du Christ. 

 Que sont les serviteurs de Dieu, sinon ses jongleurs, chargés d’élever les cœurs des hommes et de les émouvoir à la joie spirituelle ?

(Source médiévale)

Heureux celui qui ne trouve sa joie et son bonheur qu’en les très saintes paroles et œuvres du Seigneur.

(Admonition XXI)

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