« Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits. »
(Ps 94,6)
« L’adoration eucharistique a pour objet la divine Personne de Notre Seigneur Jésus-Christ présent au Très Saint Sacrement. Il y est vivant, il veut que nous lui parlions et il nous parlera. […] Et ce colloque, qui s’établit entre l’âme et Notre Seigneur, c’est la vraie méditation eucharistique, c’est l’adoration. »
(Saint Pierre-Julien Eymard, Adorer en esprit et en vérité, I,1)
À la messe, Jésus Christ se rend réellement présent sous l’apparence du pain et du vin : c’est le mystère de la transsubstantiation. Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, numéro 1374 :
« Le mode de présence du Christ sous les espèces eucharistiques est unique. Il élève l’eucharistie au-dessus de tous les sacrements et en fait “comme la perfection de la vie spirituelle et la fin à laquelle tendent tous les sacrements” (saint Thomas d’Aquin, S.T. III,73,3). Dans le très saint sacrement de l’eucharistie sont “contenus vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang conjointement avec l’âme et la divinité de notre Seigneur Jésus Christ, et, par conséquent, le Christ tout entier” (concile de Trente, décret sur l’eucharistie). »


Après la messe, cette présence demeure et « dure aussi longtemps que les espèces eucharistiques subsistent » (n. 1377). L’eucharistie, conservée dans le tabernacle ou exposée dans l’ostensoir, c’est donc Jésus Lui-même. C’est pourquoi nous lui rendons un culte, comme le rappelle saint Paul VI dans Mysterium fidei (1965) :
« L’Église catholique fait profession de rendre ce culte d’adoration au sacrement de l’eucharistie non seulement durant la messe mais aussi en dehors de sa célébration ; elle conserve avec le plus grand soin les hosties consacrées et les présente aux fidèles pour qu’ils les vénèrent avec solennité. »
L’adoration eucharistique est cette prière
que nous adressons à Jésus Christ réellement présent au Saint Sacrement.
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Comme la messe qu’elle prolonge, elle est un culte d’adoration au sens de l’hommage dû à Dieu : nous rendons à Jésus Christ notre roi, et à travers lui à Dieu le Père, l’hommage qui lui est dû. L’adoration n’est pas d’abord pour nous-mêmes et notre propre plaisir ! Elle est aussi un culte d’action de grâce : nous remercions le Seigneur pour ses bienfaits, et d’abord pour le don inouï de sa présence au milieu de nous. Elle est encore un culte de réparation : nous lui demandons pardon de nos péchés et de ceux du monde entier. Elle est enfin un culte de supplication : nous lui confions nos intentions de prière et celles de toute l’Église.
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Par l’adoration eucharistique qui prolonge la messe et la communion, nous nous unissons au sacrifice du Christ, c’est-à-dire à l’offrande qu’il fait à son Père de lui-même et du monde entier en lui dans l’unité du Saint Esprit. Notre prière devant le Saint Sacrement est une manière d’associer notre part à ce sacrifice du Christ : l’offrande de nous-mêmes et de toute notre vie. C’est ainsi que nous devenons les adorateurs « en esprit en vérité » (Jn 4,23) que recherche le Père.
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L’adoration eucharistique, c’est la présence à la présence : la présence de l’homme en réponse à cette présence du Christ. Que l’on soit un grand saint ou un grand pécheur, que l’on ait l’âme emplie de joie ou transpercée par la souffrance, que l’on fasse l’expérience d’une prière facile ou d’une traversée du désert, l’essentiel est seulement d’être là. Même si l’on a l’impression de ne pas savoir prier ; comme l’a dit la vénérable Madeleine Delbrêl (dans Alcide) : « Prier ce n’est pas être intelligent, c’est être là. »
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L’adoration, c’est la contemplation du Christ présent sous le voile du sacrement, le face à face avec lui. Dans l’adoration, nous faisons déjà dans la foi ce que nous ferons au ciel dans la claire vision : contempler Dieu. L’eucharistie, c’est déjà le ciel sur la terre ! C’est pourquoi saint Pierre-Julien Eymard encourageait les religieuses servantes du Saint Sacrement à considérer chacune de leurs trois heures d’adoration quotidiennes « comme une heure du paradis » (RS 12,8).\
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L’adoration, c’est enfin un entretien intime d’amour et d’amitié avec celui dont on se sait aimé, un cœur à cœur avec lui. En Jésus Christ, Dieu nous dit et nous redit sans se lasser : « Tu as du prix à mes yeux… Je t’aime » (Is. 43,4), « je t’aime d’un amour éternel » (Jr. 31,3). Qu’allons-nous lui répondre ?

« L’adoration eucharistique n’est rien d’autre que le développement explicite de la célébration eucharistique, qui est en elle-même le plus grand acte d’adoration de l’Église. […] L’acte d’adoration en dehors de la messe prolonge et intensifie ce qui est réalisé durant la célébration liturgique elle-même. »
(Benoît XVI, Sacramentum caritatis, 66)
« Regardez, mes sœurs, votre heure d’adoration qui vous est échue, comme une heure du paradis. Allez-y comme on va au ciel, au banquet divin – et cette heure sera désirée, saluée avec bonheur. Entretenez-en suavement le désir dans votre cœur ; dites-vous : Dans quatre heures, dans une heure, j’irai à l’audience de grâce et d’amour de Notre Seigneur, il m’a invitée, il m’attend, il me désire. »
(Saint Pierre-Julien Eymard, aux Servantes du Saint Sacrement, RS 12,8)
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