
Encyclique Mirae Caritatis ("L'admirable trésor"), 1902
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La même foi qui nous oblige à confesser et à honorer le Christ comme souverain auteur de notre salut qui, par sa sagesse, ses lois, ses enseignements, ses exemples et l’effusion de son sang, a renouvelé toutes choses, nous contraint également à le croire et à l’adorer ainsi réellement présent dans l’Eucharistie où il demeure lui-même très véritablement jusqu’à la fin des temps au milieu des hommes, et en maître et pasteur plein de bonté, en intercesseur tout-puissant auprès de son Père, pour puiser en lui-même et leur répartir avec une éternelle abondance les bienfaits de sa rédemption.
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Rien n’est plus apte à ramener dans les esprits la ferveur de la foi que le mystère eucharistique, proprement appelé mystère de la foi : lui seul, par une spéciale abondance et variété de la miracles, contient tout ce qui est au-dessus de la nature.
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En ce seul mystère (l’Eucharistie) sont renfermées en singulière abondance des merveilles diverses, toutes les réalités surnaturelles… L’Eucharistie, au témoignage des saints Pères, doit être considérée comme une continuation et une extension de l’Incarnation : par elle, la substance du Verbe incarnée est unie à chacun des hommes, et le suprême sacrifice du Calvaire est renouvelé d’une manière admirable : ‘En tout lieu est sacrifiée et offerte à mon nom une oblation pure’.
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L’auguste sacrement de l’Eucharistie est à la fois la cause et le gage du bonheur et de la gloire, non pour l’âme seule, mais aussi pour le corps. Car tout en enrichissant les âmes de l’abondance des biens célestes, il les inonde de joies très douces bien supérieures à ce qu’imaginent et espèrent les hommes : il les soutient dans l’adversité, leur donne des forces dans le combat, les garde pour la vie éternelle, et les y conduit en leur fournissant en quelque sorte les vivres nécessaires au voyage. Quand au corps fragile et sans force, cette divine Hostie lui communique le germe de la résurrection future : le corps immortel du Christ lui infuse une semence d’immortalité qui un jour se lèvera et portera ses fruits.
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Ce sacrement doit être estimé comme le centre d’une vie chrétienne aussi complète qu’elle peut l’être : tous les autres modes de piété, quels qu’ils soient, conduisent et aboutissent en analyse à l’Eucharistie.
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C’est surtout dans ce mystère que se réalise et s’accomplit chaque jour la bienveillante invitation du Christ : ‘Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau et je vous soulagerai’ (Mt 11, 28) Ce mystère est comme l’âme de l’Eglise… C’est là que l’Eglise puise et possède toute sa vertu et sa gloire, tous les trésors des grâces divines et tous les biens ».
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Seule l’Eucharistie peut « détourner notre siècle de son inquiète sollicitude pour les biens périssables ou faire renaitre et entretenir constamment en nos âmes l’esprit chrétien… Puisse les fruits excellents de l’Eucharistie devenir chaque jour plus féconds en heureux résultats pour l’accroissement de la foi, de l’espérance, de la charité, en un mot de toutes les vertus chrétiennes, et par là guérir et faire progresser la société elle-même.
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